Gustave et son espoir

A l'heure où s'effondre le jour, où se cachent les ombres en attendant la lune, Gustave se lève, sortant de sa nuit à lui qui se passe le jour. Il salue brièvement l'étranger dans le miroir avant d'aller traîner sa carcasse et son spleen dans des rues vides de sens. L'asphalte luisant d'humidité et l'odeur de pigeon sale lui firent penser qu'il avait du pleuvoir et cela le réconforta d'étrange façon.
Traîner dans les veines de la ville, en être le sang impur, chargé de vices et de venin, en être un globule, rouge, blanc, gris même, en être le pouls mourant. Gustave aimait. Voir dans chaque passant une vie qui se trompe, déchiffrer les façades qui parfois semblent sourire, laisser glisser les yeux des autres qui fatalement se ruent sur lui, les yeux comme des gouttes lourdes sur une cuirasse grasse, les yeux n'ont pas de prise sur Gustave. Il a appris ce tour depuis longtemps: se ficher du regard des autres; il faut dire que quelques coups de poings bien placés ont eu raison de son éventuelle empathie envers la race humaine.
Gustave marche et sa barbe a un goût de tabac, et il n'a d'autre but que de marcher sans fin, jusqu'à s'épuiser, jusqu'à oublier que, sur son âme crasseuse, il y a peut-être un corps. Il aime ça Gustave. Il aime oublier le corps: il a alors l'impression de ne plus être humain. L'épuisement physique lui donne l'illusion d'être un dieu. Chaque pas comme une fuite. Chaque heure qui s'écoule lui ôte un peu de force. Sur un parking rendu livide par des lampadaires atrophiés, il croit voir sous des roues une ombre qui s'agite. Il s'approche, curieux, et ne voit que son espoir en train d'agoniser. Gustave hésite. Cet espoir-là est presque mort, et pourtant... Pourtant Gustave le prend, lui donne quelques claques pour le ramener à lui. L'espoir tousse, crache, vomit même tout l'or qu'il avait avalé. Gustave le caresse. Il l'emmaillote dans son gilet troué et l'entoure de ses mains qui font comme une bulle. Il fait sombre mais un sourire fragmente sa barbe. L'espoir bien au chaud dans ses paumes grises, Gustave reprend sa course, sa "balade du sursis", comme il dit.
Marche Gustave. Tu ne sais faire que ça.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire