Que faisait-on avant dans les trains? On regardait passer le paysage, on regardait passer le temps, sans avoir peur de le perdre, sans avoir peur de ne pas le rentabiliser. L'éventualité de l'ennui ne vous prenait pas à la gorge. Au contraire. On se plaisait à savourer l'ennui et le paysage pouvait bien s'accélérer, notre regard partait au-delà: il se noyait langoureusement dans la rêverie errante et le roulement rythmait gracieusement nos songes.
Que faisait-on avant dans les trains? On lisait. Sans chiffres, sans écrans. Il existe aujourd'hui des sortes de livres, pour les nostalgiques, l'odeur des pages comme une fragrance, enveloppant les histoires d'un nimbe chaleureux, douillet, nous protégeant des autres. Mais sur la blancheur des pages il n'y a que des chiffres. Des tirets en guise de ponctuation.
Désormais tu peux faire Paris-Turin en dix minutes. Le temps ne se savoure plus, ne coule plus dans la gorge; il demeure coincé aux portes de notre bouche, triste comme la mort.
Ce monde te déplaît.
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire