Tu ignores ce qu'il raconte, vraisemblablement quelque chose qui l'émeut, une confidence, un grain de sa vie. La mélodie est telle qu'une boule se forme dans ta gorge. Tu sens tes yeux s'embuer. Ce qu'il raconte est triste. Notre monde est triste. Ce qu'il raconte est perdu, pour toujours, bouffé par la langue chiffrée. Tu ne sais pas si tu pleures. Ses paroles coulent, dévalent les pentes lisses de ton incompréhension, renforcent ta migraine. Dans ton cerveau des efforts surhumains trépignent pour entendre et échouent. L'incapacité. L'impuissance. Ton entendement est un puits ténébreux dans lequel ses mots se noient sans se débattre. Ses mots vivent pour eux-mêmes, pour lui. Pour toi ils ne sont que des cadavres exhumés, malheureusement méconnaissables car trop longtemps tapis dans l'ombre.
Tu savais cette langue autrefois, dans une autre vie; tu jouais toi aussi de cette musique, tu maîtrisais ces rythmes, ces exclamations, ces chansons qui sont de simples conversations. Tu fermes les yeux. Dans ta tête, au delà de la migraine se dresse un somptueux spectacle, aux couleurs désuètes: des gens. Des murmures. De la vie.
Tu ne comprends rien. Tu es le spectateur passif et inculte d'une existence effacée.
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